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L'affiche est morte, elle appartient à un autre siècle. Sa flambloyance, son langage spécifique n'intéressent plus grand monde. Née pour la réclame, elle n'est plus le support privilégié de la communication publicitaire, et la créativité choisit bien souvent d'autres supports...
Pourtant il n'y a jamais eu autant d'affiches. L'évolution des techniques, de l'économie et des mentalités fait que la communication locale d'affiches n'a jamais été aussi prolifique. En France tout particulièrement. En offrant l'une des deux faces de leur mobilier urbain d'exposition aux municipalités qu'elles investissent, les grandes compagnies d'affichage ont fait éclore une demande de communication locale. Des villes comme Quimper ou Lorient montrent, bon an mal an, une centaine d'affiches différentes, soit pour leur communication municipale propre, soit pour mettre ces surfaces au service des différents organismes culturels ou sociaux.
Ces affiches sont d'une grande banalité dans la majorité des cas, car confiées à des agences pour qui le concensus mou est la meilleure façon de gagner un marché. Et les graphistes grouillots qu'ils emploient n'ont guère le temps d'être créatifs. D'ailleurs on ne le leur demande pas ; ils ne sont que les exécutants de concepts développés par d'autres.
Il y a bien sûr des exceptions. Des directeurs de théâtre et d'organismes culturels, parfois des dircom de ville qui évitent les fast-food locaux ou nationaux de la communication et font appel à des créateurs d'images (on les appelle maintenant “graphistes, mais je préfère le terme de créateurs d'images). Tous ne sont pas très bons. Bien peu ont éveillé mon attention et encore moins ma jalousie. J'ai vu ponctuellement des images efficaces mais finalement anonymes.
L'une des très rares personnes à avoir développé une petite musique autonome et particulière est certainement Bernard Collet. Je crois l'avoir découvert par ses affiches d'un festival de cinéma pour enfants à Quimper. Plaisir renouvelé tous les ans pour moi et, je le suppose, pour le public de la rue, toujours le même et toujours différent.Le type d'image qui vous dit : “tiens ! j'ai déjà entendu cette musique quelque part, je ne l'avais donc pas tout à fait oubliée, puisque je la retrouve, la reconnais”. Je suppose que le succès commence par l'écho de ces petits plaisirs répétés.
Ce plaisir vient de beaucoup de choses qui forment un tout. Pour Bernard Collet,
l'écriture vient par sa technique d'images en relief, puis photographiées
par Pierre Tressos.
Cette technique est maintenant particulièrement au point, et lui permet
d'exprimer un monde à la poétique bien particulière.
En quelques années, tout naturellement, la petite musique de Bernard
Collet a séduit. Elle a attiré l'attention et les commandes
des prestigieux festivals rennais, des “Tombées de la nuit”
et des “Transmusicales...
L'affiche a l'avantage d'être une vitrine publique. Mais le langage visuel développé par Bernard Collet ne saurait s'y limiter, d'autant que le charme tient plus de la forme que du concept lui même. Avec le temps, ses images sont devenues illustratives, riches, foisonnantes, heureuses, pour des livres d'enfants, avec évidence, avec bonheur, avec succès là aussi...
Pourtant, dans ce foisonnement, ses dernières images me dérangent un tout petit peu. L'illustration, la narration s'imposent plus au détriment du concept, dont j'aimais l'évidente simplicité dans les premières affiches. Mais je dois bien être le seul à voir les choses ainsi, et les commanditaires, seuls véritables juges, ne s'y trompent pas... Et c'est toujours pour moi un plaisir, quand au hasard d'une traversée de ville, j'aperçois une des affiches de Bernard Collet. De la voiture, on n'a pas bien pu la voir. On n'a pas pu déchiffrer entièrement, mais ce n'est pas grave. On a déjà reconnu une affiche de Bernard Collet, et on ira avec d'autant plus de plaisir à la pêche aux renseignements manquants en voyant le panneau suivant..
Peut-on imaginer meilleure efficacité...
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Texte écrit par Alain Le Quernec
à l'occasion de l'exposition de Bernard Collet "Le petit Ravailleur"
(galerie du Faouedic, Lorient, mars et avril 2001)
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Né en 1962, Bernard Collet vit, aime, travaille en Bretagne. Mais en gourmand qu'il est, il convoque l'univers entier à sa table de travail.
Ses études aux beaux arts de Quimper, époque où ébahi, il découvre la peinture d'un Jackson Pollock, les performances video d'un Nam June Paik ont déterminé une bonne part de ses orientations. Notamment dans le domaine de la video qu'il va aborder dès sa sortie de l'école en réalisant deux films pour Yann Kersalé.
Depuis 1983, Bernard Collet réalise des affiches. Il définit son travail en ces termes : une modernité dans le résultat, rendu par des moyens archaïques (collage, sculpture, peinture...) C'est la photographie qui transforme ses constructions, ses architectures en "instanés". C'est à ce moment qu'intervient l'ami de Bernard Collet, le photographe Pierre Tessos, véritable clef de voute de l'entreprise.
On peut citer parmi son abondante production : les affiches des Transmusicales en 1992, en 1994 et en 1998, celles des tombées de la nuit en 1996 et en 1998, celle du festival "le chaînon manquant", à Tour, en 1993 et en 1994, celle du " Coup de chauffe à Cognac ", Festival de théatre et des arts de la rue en 1996. Il à en outre, réalisé douze affiches pour plusieurs festivals de cinéma à Quimper, entre 1989 et 1998. Il réalise également des pochettes de disques, notamment pour le groupe " Les Ours du Scorff "...
Le travail que mène Bernard Collet exige d'autres complices. Depuis longtemps Marc Gauvin est de ceux-là. Il enregistre un album à Bristol (la ville de "Massive Attack" et de "Portishead") et demande à Bernard Collet d'en assurer la réalisation visuelle (clips, pochettes, vidging).
Voilà qu'à l'occasion de leur vingtième édition, les Transmusicales mettent, pour la troisième fois, la main de Bernard Collet au mur afin qu'elle traduise son plaisir d'être dans la même folie qu'eux. L'artiste interprète à sa manière le phénomène des Transmusicales. Quelle meilleure façon d'illustrer le joyeux reuz* que mènent les sons à l'intérieur d'une oreille de transmusicien ?
Artiste protéiforme, peu soucieux des cloisenements, Bernard Collet vient d'achever l'illustration d'un livre pour enfants, "Oné, l'ours du Scorff ", lequel paraîtra ces jours-ci aux éditions Coop Breizh. Il s'entoure du tandem formé par le chanteur Gigi Bourdin et Pierre Tressos, pour décliner, le temps d'une belle histoire, la spécificité de son alphabet plastique. A nouveau, il adopte la technique du volume photographié, laquelle est imprégnée des séries télévisuelles de son enfance ("Le manège enchanté", "La maison de Toutou"...) Les enfants, seuls ou accompagnés, découvriront un monde où les joies humaines sont incarnées par des animaux sympatiques.
Cet arpenteur du paysage de l'illustration et de l'affiche est l'un des rare aujourd'hui à réhabiliter un concept qui a beaucoup souffert au cours des dernières années quatre vingt : le merveilleux.
*Reuz : terme Breton abondamment utilisé pour désigner un état de joyeux désordre.
Alain Crenn
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